Demain détruirons-nous les robots, insulterons-nous les chatbots, désobéirons-nous aux algorithmes ?
par Benjamin Gans

 

visuel_robot_690x460 (002)La révolution des transports aux 19ème et 20ème siècle avec l’avènement des chemins de fers puis de l’automobile et enfin de l’aviation a bouleversé nos sociétés. Combien de métiers ont disparu, remplacés par d’autres, illustrant la fameuse théorie schumpeterienne de la “destruction créatrice” ?

Notre siècle a déjà 17 ans et la révolution numérique portée par l’avènement du web et de la numérisation tient des promesses de bouleversements analogues, voire plus importants. Ou pires. Car les robots, avec ou sans intelligence artificielle, et parfois capables de dialoguer “naturellement” avec nous à l’image des chatbots, semblent à la veille de déferler dans nos vies et cannibaliser par la même occasion le marché du travail. Le journaliste sera t-il remplacé par un robot rédacteur ? Le médecin deviendra t-il le simple assistant d’un service de diagnostic en ligne ? Les chauffeurs de camion, de vtc ou de taxi seront-ils bientôt les simples copilotes de leurs véhicules avant d’être définitivement remplacés ? Mais attendez, tous ces robots ou services automatisés existent ! Ce n’est déjà plus de la science fiction : la startup Syllabs commercialise depuis un moment ses robots rédacteurs auprès de nombreux média dont le Monde, la startup Cardiologs réalise des diagnostics basés sur l’apprentissage automatique et les voitures intègrent des solutions de pilotage automatique qui permettent de réguler la vitesse et même d’éviter des accidents, en attendant les véhicules 100% autonomes comme les Google ou Uber car.

L’emploi est mort, vive le travail” déclare Bernard Stiegler dans son livre éponyme d’entretien avec Ariel Kyrou, dans lequel il prédit l’imminence de cette révolution qui rendra caduque les vains objectifs politiques de plein emploi. Le même Bernard Stiegler rappelle dans ce livre le mouvement des Luddites, ces tisserands qui se lancèrent dans les Midlands au début du 19ème siècle dans une lutte acharnée contre les premières machines à tisser. Ces artisans se battaient contre l’automatisation, contre la disparition d’un savoir-faire : vaine lutte ou combat d’avant-garde ?

Les cols blancs que nous sommes, opérateurs d’un savoir-faire que nous pensons être les seuls à détenir serons-nous bientôt en concurrence avec des services intelligents ? Aussi demain agirons-nous comme les tisserands anglais frondeurs ? Détruirons-nous les robots, insulterons-nous les chatbots, désobéirons-nous aux algorithmes de recommandation ? Les médecins, avocats ou comptables seront-ils les premiers à se révolter ?

Comment travailler et donc se former demain à la lumière de la prophétie de la fin du travail (selon Rifkin) ou de l’emploi (selon Stiegler) ? Devons-nous tous nous ruer par exemple sur l’apprentissage du code ? Doit-on apprendre la programmation informatique ? Si oui quel langage choisir parmi les dizaines qui existent et pour faire quoi exactement ?

Revenons à la révolution des transports des siècles derniers : lorsque l’automobile a bouleversé nos sociétés, est-ce qu’il a été nécessaire d’enseigner la mécanique automobile en masse ? Aussi peut-on se poser la question : a t-on besoin de savoir coder ou bien plutôt n’est-il pas plutôt nécessaire de comprendre comment fonctionne le code, ce que sont les algorithmes, comment protéger ses données ? En un mot de quelle culture numérique avons-nous besoin pour nous adapter le plus efficacement au monde de demain ?

C’est le défi qui nous attend : comprendre les bouleversements pour mieux les anticiper, identifier les métiers de demain pour commencer à en promouvoir les formations, aider l’écosystème à savoir ce qui est pertinent de ce qui l’est moins et promouvoir une culture générale numérique qui met les individus en capacité de ne pas être le simple consommateur contemplatif de la technologie.  

C’est la mission d’EdFab, le lieu créé par Cap Digital, que d’aider à la compréhension des bouleversements à venir. Nous avons déjà commencé à l’automne 2016 par exemple avec une série d’ateliers destinés à sensibiliser les organismes de formation à l’ubérisation de leur secteur d’activité. Et nous continuerons dès janvier avec une série de meetups mensuels consacrés aux nouveaux métiers. (rdv le 31 janvier pour le 1er consacré aux métiers des fablab) Quels seront les métiers de demain ? Certains émergent déjà, ils percent dans ces nouveaux lieux que sont les fablabs, les écoles de drones ou de e-sport. Nous aurons l’occasion de vous les faire découvrir.

Enfin nous poursuivrons cette réflexion sur le travail, les formations et l’éducation à la lumière des échanges que nous allons mettre en place avec les chercheurs et les universités françaises et internationales actives sur ces sujets. Nous n’avons pas fini de travailler sur ce sujet sans doute le plus passionnant de notre ère moderne, ce n’est que le début. Et le pôle Cap Digital avec EdFab est aux avant-postes et vous tiendra informé de ce qu’il voit du haut de sa vigie.