De retour de la ‘Israel EdTech Week’

Du 3 au 6 septembre 2018 s’est tenue la ‘Israel Edtech Week’ organisée par MindCET, le centre d’innovation pour l’éducation. Pour la première fois cet événement faisait partie intégrante du célèbre festival de l’innovation DLD à Tel Aviv. L’occasion pour EdFab de se plonger dans l’écosystème EdTech bouillonnant de la “start-up nation”.

 

La délégation au MahTeshAGadol  dans le désert du Neguev (copyright MindCET)

 

Alors même qu’Israël a des résultats très médiocres au dernier classement PISA et des enseignants du primaire et du secondaire qui ont des salaires plus faibles que la moyenne de l’OCDE, le pays jouit d’une scène EdTech très dynamique. Celle-ci bénéficie d’universités et centres de recherche parmi les plus performants au monde. On compte ainsi près de  255 Edtech en Israël selon le portail Start-up Nation Finder une majorité faisant partie de EdTech Israel le hub qui réunit la communauté EdTech israélienne. Beaucoup de ces EdTech d’ailleurs, s’adressent au secteur scolaire. Parmi les EdTech les plus connues, CodeMonkey  qui développe des jeux pour les enfants qui apprennent le code informatique et Sense.education (passée par le Ycombinator) une application qui utilise l’IA pour aider l’enseignant à corriger  ses copies.

Shaping the Future Conference : Educating AI

Illustration de l’importance prise par la EdTech dans le pays, l’événement inaugural de la Israel  Edtech week ouvrait également le DlD festival Tel Aviv   le plus grand festival d’innovation du pays. La conférence Shaping The Future dont c’est la cinquième édition, traitait de l’intelligence artificielle et de son impact sur l’éducation devant une audience de 800 personnes (professionnels et enseignants). Yossi Vardi,  le “parrain” de la scène tech israélienne et le fondateur du festival DlD a introduit la conférence en rappelant que l’IA n’apporte pas plus de connaissance mais permet avant tout de mieux comprendre les élèves.

La conférence était divisée en deux parties. La  première était consacrée aux derniers progrès de l’intelligence artificielle dans différents secteurs avec l’intervention de chercheurs comme Jonathan Laserson et d’ingénieurs  et Data Scientists de Google, Intel ou Microsoft et de fondateurs comme Yonathan Wexler directeur de la start-up OrCam qui a exposé lors de Futur.e.s in Paris.

La deuxième partie s’intéressait plus particulièrement aux applications  pratiques de l’intelligence artificielle à l’éducation avec une table ronde sur les promesses de l’Adaptive Learning et les retours d’expérience sur différentes expérimentations comme celle de Microsoft qui a bâti un projet pilote pour prévoir les difficultés des élèves en mathématique et ainsi adapter le programme enseigné. Les élèves qui ont participé à ce projet ont ainsi mieux travaillé avec un taux de participation plus important. Une autre table ronde discutait des usages des assistants vocaux, ainsi Mindcet a lancé un programme pilote de cours d’anglais dans cinq écoles primaires avec Alexa, l’assistant vocal d’Amazon.

 

Enfin, la conférence n’a pas éludé les  questions éthiques, Karine Nahon, présidente  de la Israel Internet Association a animé deux tables rondes  avec des intervenants internationaux d’Italie, d’Espagne, de Grande Bretagne et du Japon qui s’accordaient tous pour dire que l’intelligence artificielle n’en était qu’à ses balbutiements dans l’éducation et que les questions éthiques  posées par l’usage des données et les éventuels bais dans la construction des algorithmes utilisés demanderaient une régulation à long terme.

 

Global EdTech Movers & Shakers

 

Copyright : MindCet

Suite à la conférence un déjeuner était organisé avec une trentaine de représentants de gouvernements, d’organisations, clusters  EdTech et investisseurs israéliens et étrangers. Au menu ? Un déjeuner/atelier de co-création dont le sujet était : comment  créer une communauté EdTech globale pour favoriser les échanges et le business ?

Après une introduction par Yshai Pinshover, le co-créateur de la plateforme d’apprentissage du code Codemonkey  les participants étaient invités à retrouver une table avec trois sous-thématiques au choix : utilisateurs, investisseurs et écosystèmes pour nous aider à répondre à la question initiale.

Nous avons rejoint la table “utilisateurs” afin de réfléchir sur la manière de renforcer l’utilisation des EdTech par les enseignants. A l’issue de notre atelier, nous avons abouti collectivement à cette conclusion : mettre en place une plateforme en ligne pour faciliter la promotion des EdTech auprès de cette cible et associer des enseignants ambassadeurs capables d’évangéliser l’usage de ces solutions dans leurs établissements.

 

Cette première journée chargée s’est terminée avec la demi-finale israélienne des Global Edtetch Start-up Awards organisée dans les locaux de la bourse de Tel Aviv. C’est d’ailleurs une start-up israélienne Storybot ( et alumna de l’accélérateur EdTech de MindCet) qui a gagné la finale 2018 à Londres.
Cette année, c’est la start-up MIST, qui propose une application mobile qui transforme la lecture en expérience interactive grâce à l’intelligence artificielle  qui rejoindra la finale mondiale à Londres en janvier 2019.

 

Visite de MindCET

Copyright : MindCet

Le deuxième jour, nous avons visité MindCET,  un centre d’innovation ouvert depuis 2012 situé dans la ville de Yerouham dans le désert du Néguev à deux heures de Tel Aviv.

MindCET est un “spin off”  du CET, Center for Education Technology créé en 1970, une organisation sans but lucratif qui développe des solutions technologiques pour l’éducation. Dirigé par Avi Warshawski et une équipe de 12 personnes, MindCET est né du constat suivant : alors que la technologie se développe dans tous les secteurs, elle ne semble pas avoir atteint le secteur éducatif, en particulier les écoles et les lycées. MindCET a été crée pour expérimenter et appliquer l’esprit start-up israélien afin de transformer  “l’état d’esprit” du monde éducatif du pays (“mindset”). Lors de sa présentation, Avi nous explique que le centre déploie trois grandes catégories d’activités : 1/le Garage, 2/le Laboratoire et 3/ l’Aquarium.

Le Garage  est composé principalement de l’accélérateur Edtech, d’une durée de cinq mois qui accompagne les start-up edtech du MVP (Minimum Viable Product) jusqu’à l’entrée sur le marché en leur faisant bénéficier de leur expertise, de mentors et de la possibilité de tester leurs produits directement auprès d’écoles partenaires.

Mindcet  a également son propre fond d’investissement High Grade Ventures  crée en partenariat avec le fond d’investissement britannique Arie Capital qui investit dans des start-up edtech en Israël et au Royaume-Uni.

Mais ce qui distingue véritablement Mindcet de beaucoup d’accélérateurs edtech c’est l’importance donnée à l’implication des enseignants et l’investissement dans la recherche et le développement.

Le “laboratoire” propose plusieurs programmes à destination des enseignants :

  • Un programme d’accompagnement à l’entrepreneuriat pour ceux qui souhaitent créer leur propre outils edtech. Il dure toute l’année scolaire et s’adapte à l’emploi du temps des enseignants qui peuvent continuer à donner des cours en même temps.
  • Un deuxième programme T.E.A.M (pour Technology Early Adopter of Mindcet) propose aux enseignants de les familiariser aux EdTech en leur faisant découvrir et tester des produits développés par les start-up hébergées à MindCET.

La dernière catégorie d’activités est l’Aquarium, elle regroupe les activités de recherche et développement et de veille. Ran Magen nous présente ainsi  le nouveau programme MIndCETeX qui invite des développeurs à rejoindre le développement de solutions EdTech pendant six mois en collaboration avec les start-up hébergées à MindCET mais également avec des instituts de recherche comme le Weizmann Institute ou l’université hébraïque de Jérusalem  et des grandes entreprises comme Microsoft ou Intel.

Notre visite s’est terminée avec un nouvel atelier de co-création cette fois pour imaginer  les espaces du tout nouveau EdTech Campus en pleine construction et qui sera ouvert en 2019 juste en face du bâtiment principal de MindCET et qui accueillera un “experience center”, une salle de classe innovante “Flying classroom” et un FabLab.

 

MindCET n’oublie pas son ancrage territorial et offre ses services à la communauté de Yeruham (lieu de tournage du film La visite de la fanfare)  à l’origine une ville de transit pour les nouveaux  immigrants, berceau d’une importante communauté bédouine. Tous bénéficient des activités au sein du centre d’innovation qui a choisi de s’installer en périphérie plutôt qu’au coeur de la start-up nation.

 

Aurite Kouts, EdFab