Comment s’est financée la EdTech dans le monde en 2017 ? Quelle est la place de la EdTech française sur l’échiquier international du financement ?

par Benjamin Gans

Lors de l’événement Pitching For Dating (#P4D2018) organisé hier mercredi 20 mars par Startup For Kids en partenariat avec EdFab et Cap Digital, j’ai été amené à intervenir sur le financement de la EdTech. Vaste sujet, il paraissait intéressant néanmoins de dresser un rapide tableau global de ce financement au niveau international et de voir quelle place occupe la France sur ce marché et dans le financement de cette filière.

C’est principalement l’étude publiée par le cabinet américain Metaari, le travail de Nicolas Turcat de la Caisse des Dépôts et une étude sur le bilan des fonds levés en 2017 par EY qui sont synthétisées ici.

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La EdTech bat des records

C’est le premier enseignement de l’année 2017 : on n’a jamais connu une telle phase d’investissement au niveau mondial dans la EdTech. Ce sont, d’après le rapport de Metaari, près de 9.5 Md $ (soit 7.7md €) qui ont été investis dans 813 entreprises EdTech dans 122 pays en 2017 .

 

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Cette accélération est nette depuis 2014 : chaque année un nouveau record est battu. Cela ne préjuge pas des fonds qui seront levés en 2018 dans ce secteur, mais les seuils atteints sont particulièrement significatifs des attentes et des espoirs qui reposent sur cette filière.

 

Des deals de plus en plus nombreux, massifs.. en Chine et aux Etats-Unis.

D’une année sur l’autre, ce n’est pas seulement le montant global des fonds levés qui augmente mais aussi le nombre de deals : +16% de 2016 à 2017 et +160% de 2014 à 2017 !

Deux pays se taillent la part du lion : la Chine et les Etas-Unis. En témoigne le nombre de deals supérieurs à 100M$ réalisés en 2017 et dont voici la liste :

  1. DAQRI – 260M$ US (VR FormPro)
  2. VIPKID – 200M$ Chine (K12 online education)
  3. Gaosi Education – 199 M$ Chine (Plateforme)
  4. EVERFI – 190M$ US (Plateforme)
  5. 2U – 189M$ US (Plateforme)
  6. Zuoyebang – 150M $ (Chine Plateforme)
  7. Hero K12 – 150M $ US (K12 Analytics)
  8. Yuanfudao – 120M $ (Chine Plateforme)
  9. Liulishuo/lingochamp – 100M $ Chine 
  10. Xuebajun – 100M $ Chine (Software)

Ce sont plus de 1.6Md $ (1.3Md€) soit 14% de tous les deals réalisés en 2017 qui ont été levés par ces 10 entreprises dont 6 sont chinoises.

 

Quels clusters ?

Parmi les autres clusters “régionaux” au niveau mondial qui ont été identifiés, on trouve : le Royaume-Uni (UK), la Scandinavie (le “Nordic cluster” dans le rapport) et Israel. Il est intéressant de noter que ce rapport ne cite qu’une seule fois la France, qui n’est pas considérée comme un pays “stratégique” (et la France est uniquement citée au sujet du financement de startup edtech dans le secteur de la robotique)

Le graphique suivant permet de se figurer la taille de ces clusters, et le retard français en la matière.

 

La France arrive ainsi bonne dernière de ce classement (qui certes ne le serait pas si on distinguait individuellement les pays du “nordic clusters). On réalise qu’à nombre de deals quasiment égal l’écosystème EdTech israélien est plus mature, compte tenu des montants levés, près de 4 fois plus importants.

 

Pourtant la France connait “un moment EdTech”

Dans un précédent post de blog, j’avais noté les récentes évolutions qui permettent de croire que la EdTech française pourrait percer son plafond de verre. 

Une analyse de Nicolas Turcat de la Caisse des Dépôts étayait cette évolution qui a connu une accélération fin 2016, avec une augmentation du ticket moyen et du nombre de deals.

 

Et nous avions présenté cette infographie de bilan présentée lors de l’anniversaire de l’observatoire de la EdTech qui synthétisait cette évolution depuis 2012.

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Quel avenir pour le financement de la EdTech ?

Le financement, et donc l’investissement, est un indicateur tout aussi important que l’innovation pour mesurer la vitalité d’une filière.

Si on compare les montants évoqués pour la filière edtech avec d’autres verticales telles que celles présentées dans ce baromètre du capital risque en France réalisé par EY, alors on réalise que la EdTech reste loin encore des secteurs tels que la santé (Life Sciences) ou encore la Fintech.

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C’est la raison pour laquelle faire vivre la filière, à travers sa structuration comme l’observatoire EdTech, animer cette communauté grâce aux petits déjeuners de l’observatoire, stimuler l’investissement à l’aide de cet événement très qualitatif qu’est Pitching For Dating de Startup For Kids sans oublier les différents appels à projets comme celui de la Région Ile de France sont non seulement utiles mais nécessaires. 

Autres signes du temps, la naissance de fonds d’investissements dédiés uniquement à la EdTech en Europe avec Educapital et Brighteyes Venture abondés à hauteur de 45M€ et 50M€.  

 

Ce qui ferait sans doute bouger les lignes c’est la capacité de nos acteurs à se projeter à l’international. C’est la raison pour laquelle Cap Digital a accompagné une mission de Edtech françaises à Abidjan en octobre dernier et qu’avec la BPI, nous serons avec 11 startups EdTech françaises à la découverte de l’écosystème nord américain à travers une mission à Boston. Reste que, comme nous l’avons vu, la France demeure un petit poucet au niveau mondial même si nous ne manquons pas de “champions” français que ce soit dans le domaine du hardware (Unowhy) du learning (Openclassrooms..), du LMS (360learning). C’est certainement la capacité de nos acteurs à financer leur déploiement international qui sera une clé de l’avenir et du succès de notre filière française.