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Par Alexandre Mézard, directeur général et directeur de la conception chez kumullus/ The Good Factory

Qui sont les Digital Natives ? Celles et ceux qui sont né(e)s dans un environnement numérique arrivé à maturité. En chiffres, ils représentent aujourd’hui 35% de la population active, chiffre qui passera à plus de 50% d’ici 2020. Vous comprenez mieux pourquoi tout responsable formation doit se pencher sur le sujet !

En parallèle, le contexte du marché de l’emploi peut sembler paradoxal : nous avons d’un côté des entreprises qui peinent à recruter car les postes sont en perpétuelle évolution, et de l’autre de jeunes européens qualifiés qui peinent à trouver un emploi qui leur corresponde. Comme si l’offre et la demande évoluaient chacune dans des sphères qui se rencontrent trop rarement. Une des solutions pour y remédier est d’ouvrir les entreprises aux comportements de ces natifs du numérique. Et il ne s’agit pas de copier-coller ces bonnes pratiques dans l’entreprise mais bien de repenser la stratégie de formation.

Les usages des digital natives ne sont en fait qu’une mise en cohérence des avancées technologiques avec leur volonté d’accéder à l’information pour et par eux-mêmes. Ils ont une relation totalement instinctive aux technologies de l’information et de la communication (TIC) qui doit servir de bases aux programmes de formation pour endiguer les processus de désengagement et de démotivation. Nous allons nous intéresser plus particulièrement à trois d’entre eux : la recherche avancée (méthode), la vidéo comme colonne vertébrale (contenu) et les codes du jeu numérique(expérience). Ces usages répondent à trois besoins distincts: agilité, projection et interaction.

1- La recherche avancée : chercher et trouver ne font plus qu’un

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L’évolution récente des solutions développées sur le web montre les attentes et les orientations des usages de la future majorité active. La quête de vitesse est une des attentes prédominantes, et cela vaut pour la recherche d’information et l’acquisition de connaissances. Ainsi le NLP (Natural Language Processing), les chatbot, les réseaux sociaux maintenant pensés “mobile first“, les moteurs de recherche prédictifs, la mémoire de parcours témoignent d’un besoin viscéral de gommer la distance entre recherche et résultat.

De même aujourd’hui, le déclencheur de l’action de formation est la plupart du temps  un besoin immédiat : débloquer une situation par la maîtrise d’un nouvel outil – logiciel, procédure… Les performances toujours croissantes de l’environnement génèrent une culture de l’immédiateté, et donc de l’impatience.

Par ailleurs, les digital natives ont un rapport à l’emploi qui intègre complètement la notion de changement d’orientation. L’individu n’est plus l’employé d’une entreprise mais le bâtisseur de son propre parcours de compétences. L’accès à la connaissance doit se faire dans un processus à la fois continu, modulaire et réactif. La formation doit être disponible, ouverte et plurielle comme peut l’être la navigation sur Google ou la commande sur Amazon. L’apprenant doit pouvoir développer des compétences qu’il va mettre en cohérence d’abord pour lui-même, puis pour en faire profiter son entreprise.

Cette culture de la vitesse est renforcée par l’amélioration des capacités de transfert et de stockage qui permet par exemple à la vidéo, le support le plus performant pour la formation, d’intégrer pleinement la sphère numérique.

2- La vidéo : le média de l’apprentissage numérique

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La vidéo est LE média des digital natives, elle a colonisé toutes les phases de leur communication numérique : elle remplit leurs moments d’ennui, répond à leurs questionnements et leurs besoins d’informations et annexe progressivement leurs autres supports de messagerie instantanée via les « stories » sur snapchat, instagram, les live periscope… Pourquoi un tel engouement pour ce média et pourquoi l’intégrer rapidement à la formation digitale ?

Tout d’abord et même si c’est un élément contextuel fort peu réjouissant, différentes études montrent que la génération des 20-35 ans a déserté la lecture sur support numérique : ils lisent encore moins que l’internaute moyen (qui lit déjà très peu). Cela peut s’expliquer par l’adoption chronique du multitasking, qui engendre des cycles d’attention extrêmement courts. La vidéo, de par son instantanéité, permet un accès beaucoup plus intuitif à l’information. Elle est aussi la plus performante dans le ratio accès à l’information / effort pour y accéder.  L’émergence de formats courts voire très courts (moins d’une minute) ou encore les solutions visant à chapitrer le contenu pour le rendre modulaire, vient renforcer cette prise de pouvoir.

Aujourd’hui la vidéo s’échange en live, elle se partage, s’enregistre et se consulte via mobile, et  cela a changé de façon fulgurante tout le paradigme de son utilisation. Elle permet de témoigner immédiatement d’un changement de situation sans avoir à joindre une justification ou une explication complémentaire alourdissant  le message.

Les Digital Natives sont les champions de l’authenticité et la vidéo est par nature le média de l’émotion, des valeurs. Si le texte a longtemps régné en maître sur le web, constituant le support de la performance et de l’expertise, la vidéo est clairement le véhicule de la réalité instantanée sans fard : elle sollicite simultanément les deux sens les plus importants dans les processus cognitifs, la vue et l’ouïe. La vidéo est aussi le plus souvent incarnée, permettant donc d’activer les processus d’identification et de projection envers d’autres individus. Ainsi le désir est naturellement ajouté au processus d’apprentissage facilitant l’appropriation et donc la mémorisation des notions.

En conclusion, la vidéo est un support dont le succès témoigne de la puissance. Il convient donc d’en faire le cœur de la formation digitale et nombreux sont ceux qui déjà s’y emploient : Udacity, e-doceo, Udemy… Toutefois, pour qu’elle puisse combler les attentes en terme de rétention, de modularité et de réactivité, il faut la digitaliser elle-aussi. Et pourquoi ne pas s’inspirer pour cela du pionnier, à savoir le jeu vidéo ?

3- La gamification : le métronome du parcours d’apprentissage

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Le jeu a investi massivement les usages du numérique, le gaming ne se cantonne plus aux jeux électroniques. Aujourd’hui on parle d’interface vidéo ludique, accompagnant l’utilisateur dans sa progression sur une page web ou un réseau social.

A l’origine, le jeu électronique concerne UN individu face à UN appareil électronique muni d’un écran (oscilloscope, borne d’arcade, console), l’objectif consistant à battre la machine ou à faire le plus gros score. Progressivement, les capacités des machines augmentant, les défis proposés se complexifient. On ajoute la notion de niveau, et on expérimente les vues immersives qui plongent le participant « à l’échelle » dans l’univers proposé. On voit aussi l’apparition du deuxième joueur simultané qui vient soit remplacer la machine, soit aider le premier joueur.

Dans les années 1980, l’essor des ordinateurs personnels dotés de mémoire inscriptible par l’utilisateur bouleverse l’unité de temps du jeu : il devient possible d’arrêter sa partie pour la reprendre plus tard. La dimension narrative du jeu vidéo explose, offrant au joueur de vraies histoires dans lesquelles ses choix influencent la suite de l’aventure. Le game design, la conception des niveaux, se densifie : de défis simples on passe à de véritables énigmes dont la résolution nécessite l’établissement de stratégies complexes. On assiste à l’essor des « boss » de fin de chapitre dont la victoire vient sceller le passage au  niveau suivant. Les indicateurs de parcours se développent : jauges de vie, de force, argent et inventaire, trophées acquis, succès déverrouillés… En parallèle, la personnalisation offre au joueur la possibilité de créer un avatar à son image, réelle ou fantasmée. Le joueur est désormais devant un tableau de bord centralisé qui ferait rêver tout individu pour gérer sa vie quotidienne.

Depuis le nouveau millénaire, la notion de simulation prend une nouvelle tournure via la création d’univers virtuels énormes : une ville, un pays, et même un espace potentiellement infini comme celui du jeu « No Man’s Sky ». Des milliers de joueurs peuvent se connecter simultanément à l’échelle mondiale : nous entrons dans l’ère du MMO, les univers persistants et « massivement multijoueurs ». Le jeu devient un laboratoire d’expérimentations sociales où l’on vient exulter, lâcher du lest ou créer du lien. Ces univers ne sont même plus cantonnés à l’écran domestique, ils s’adaptent à toutes nos interfaces numériques, accompagnant le joueur en permanence.

Quelles sont les clés du succès du jeu multiplayer ? Ses dimensions interactives, créatives, collaboratives, et la définition d’un but précis à proche échéance, la « quête ». C’est-à-dire, les ingrédients qui tendent à devenir les marqueurs d’une formation digitale efficace !

Ils sont en effet déjà à l’œuvre dans la plupart des plateformes e-learning – structurés par modules, parcours, score, quiz final – et de nombreuses initiatives émergent : apprentissage en mode projet collectif, résolution de problèmes, réalité augmentée sur mobile, programmes de vidéo interactive…

Conclusion :

Former les Digital Natives est un défi à la mesure de toutes les entreprises qui se montreront capables de comprendre leurs repères: ils ont pour la plupart tendance à gommer les notions de frontière qu’elles soient géographiques ou entre sphères privées et professionnelles. Ils ont une forte volonté de développement personnel, veulent adhérer aux valeurs proposées par la société ou par une entreprise. Ces nouveaux apprenants vont vite, ils sont centrés sur la décision suivie d’action immédiate… et il ne s’agit pas d’impulsivité liée à la jeunesse. Ils sont simplement mieux préparé.

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