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Pourriez-vous nous présenter votre structure ?

La Bibliothèque nationale de France (BnF) conserve des collections uniques au monde qu’elle s’attache à mettre à la disposition du plus grand nombre. Ses quelque 40 millions de documents très divers (manuscrits, livres et revues, photographies, cartes, partitions, monnaies, vidéos, costumes, pages web, etc.) ont été rassemblés depuis cinq siècles grâce au dépôt légal et à une politique active d’acquisitions.

Sous la tutelle du ministère de la Culture et de la communication, l’établissement est régi par un décret (n° 94-3 du 3 janvier 1994) qui en précise les missions : collecter, conserver, enrichir et communiquer le patrimoine documentaire national.

La richesse de l’institution repose également sur ceux qui l’animent : l’expertise de son personnel (environ 2400 personnes) bien sûr, mais aussi le dynamisme de son vaste réseau de partenaires en France et à l’étranger, et surtout la diversité de ses publics.

Aux implantations de la bibliothèque à Paris et en province, dont les 35 salles de lecture accueillent chaque année près d’1 million de personnes, répondent une bibliothèque numérique, Gallica, qui offre plus de 4 millions de documents, et de nombreux services en ligne.

En 2016, la BnF a publié son Schéma numérique qui présente l’essentiel de sa stratégie numérique et de ses innovations en 6 axes majeurs et 57 fiches synthétiques.

Que proposez-vous exactement et à quel(s) public(s) vous adressez-vous ?

En vertu de sa qualité de service public à vocation nationale, la BnF s’adresse à tous les publics, des enfants aux professionnels du livre, en passant par les étudiants, les chercheurs, les communautés de passionnés, les généalogistes, etc.

édition originale de l’Emile, de Jean-Jacques Rousseau, 1762,

édition originale de l’Emile, de Jean-Jacques Rousseau, 1762,

Elle leur fournit tout d’abord de véritables guides vers tous les savoirs, au premier rang desquels Gallica : à la fois moteur de recherche dans les collections, outil d’exploration, instrument de travail, et animateur de communautés, cette plateforme est une bibliothèque collective, une « source de culture ». Elle met en valeur les réutilisations des documents par les Gallicanautes, de même que les collections des partenaires. Ces ressources sont visibles à l’échelle européenne dans la bibliothèque numérique Europeana.

Le travail d’éditorialisation pour présenter ces contenus  s’illustre à travers les Essentiels de la littérature, qui met en perspective les œuvres phares de la littérature française à destination d’un large public (niveau lycée), ou Passerelle(s), site interactif dédié aux apprentis du BTP.

Non contente de proposer ces contenus sur des sites dédiés, la BnF les place également sur le chemin de l’internaute à travers le web tout en les liant à d’autres données : c’est data.bnf.fr qui s’y emploie. Cette plateforme favorise en outre la dissémination des données  diffusées sous licence Etalab (la licence ouverte de l’État français) depuis 2014. La communauté éducative en tire un bénéfice : le travail des professionnels de la BnF est par exemple utilisé par AbulÉdu, qui a mis en ligne une « base de données de ressources éducatives libres francophones »  alimentée collectivement.

Dans cet esprit d’ouverture et d’innovation, la BnF a organisé les 19 et 20 novembre derniers son premier hackathon autour de Gallica, de ses données, et de ses API. Une centaine de participants ont déployé leurs talents, et c’est le projet Gallicarte qui a été récompensé.

hackathon

Hackathon, 19 et 20 novembre 2016 ©David-Paul Carr/BnF

Enfin, pour clore ce rapide aperçu, j’insisterai sur la volonté de mutualiser les infrastructures, dont le dispositif Gallica marque blanche est emblématique : cette bibliothèque numérique clés en mains permet aux partenaires qui ne disposent pas de leur propre bibliothèque de mettre en ligne leurs documents via un site personnalisé à leurs couleurs tout en bénéficiant de toutes les fonctionnalités de Gallica. Un tel site est hébergé sur les serveurs de la BnF et Gallica elle-même s’en trouve enrichie. Il en résulte une meilleure diffusion des savoirs à l’échelle nationale et internationale tant en termes de contenus que d’accessibilité. La Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg a été la première à choisir ce dispositif, qui a donné naissance à Numistral.

Quels sont vos objectifs ? Vos prochains challenges ?

Le numérique ne change pas fondamentalement les missions de la BnF, mais il en modifie la portée. Ces missions s’adaptent continûment.

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Femmes anglaises apprenant à conduire un tramway debout derrière un simulateur. Agence Rol, 1915

Du point de vue de la collecte, il s’agit de rassembler des ensembles croissants de données, en particulier d’organiser le dépôt légal numérique : si la filière technique a été mise en place en interne, les contours juridiques de ce dépôt ainsi que ses modalités sont en cours de définition. En ce qui concerne l’archivage du web, opérationnel depuis 10 ans à la BnF, le moissonnage des sites a déjà permis de constituer un patrimoine inédit de plus de 790 téraoctets.

L’entreprise de numérisation se poursuit également : devant son ampleur (au rythme actuel, il faudrait encore environ 150 ans pour numériser toute la presse…), la BnF veille à s’appuyer sur un modèle économique durable, largement soutenu par le Centre national du livre, et dont profitent ses partenaires puisque le marché de numérisation des imprimés de la Bibliothèque est ouvert pour un tiers aux collections d’institutions extérieures.

Ces opérations de numérisation s’accompagnent de deux exigences. D’une part, les documents numériques ainsi créés s’enrichissent de fonctionnalités innovantes : en 2016, des globes numérisés en 3D ont ainsi été mis en ligne sur Gallica. Plus classiquement, la reconnaissance optique de caractères permet une recherche plein texte dans les contenus mais aussi une vocalisation, ce qui contribue à leur accessibilité. La BnF est attentive à toute innovation dans ce domaine ; par exemple, cette année, nous explorerons la question de la reconnaissance d’images. D’autre part, il est essentiel de renouveler constamment les actions de médiation autour des collections, notamment en impliquant de plus en plus les communautés les plus diverses : c’est un enjeu stratégique en cet âge de la multitude, pour reprendre  le mot d’Henri Verdier.

Au sein de cet écosystème élargi permis par le web, qui suppose de multiples changements d’échelle, c’est sur l’interopérabilité que mise la BnF, à la fois pour coproduire ou récupérer des données, et pour en faciliter la réutilisation par d’autres : musées, archives, éditeurs, Wikipédia, etc.

En ce qui concerne la conservation, le système de préservation des données numériques mis en place par la BnF (SPAR) concentre l’attention portée à ce sujet : il conserve aujourd’hui 7 millions de paquets, représentant près de 3 pétaoctets (3 millions de gigaoctets) de données répliqués sur deux sites.

Enfin, dans une économie globale de l’information dont les nouveaux équilibres ne font pas l’unanimité, la BnF cultive une attitude responsable. De même, elle investit le concept d’hospitalité numérique (voir son Schéma numérique), qui se traduit en particulier par une attention portée à la satisfaction des besoins numériques de ses publics sur place comme à distance.

Avez-vous une actualité à mettre en avant ?

J’en citerai trois, qui illustrent la grande variété des projets de la BnF.

L’actualité phare de ce début d’année est la réouverture de la moitié rénovée du site Richelieu.

La deuxième est l’achèvement de la couverture Wi-Fi de nos espaces publics en respectant un cahier des charges très volontariste dans le sens d’une limitation au maximum de l’exposition aux champs électromagnétiques. Plus de 200 bornes ont été déployées, lesquelles chuchotent (puissance limitée), installées à chaque fois le plus loin possible des personnes, offrant ainsi une couverture très haut débit.

Enfin, la BnF vient tout juste de lancer une application (gratuite) de Gallica pour les enfants : Gallicadabra les fait entrer dans l’univers des contes et des comptines – tous issus des collections patrimoniales – qu’ils ont le loisir de lire, d’écouter, de partager…

gallicadabra

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