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La Caisse des Dépôts est particulièrement impliquée sur le sujet de la Edtech. Après avoir participé activement au lancement du premier observatoire edtech en France, elle a contribué cet été, sous l’impulsion du CGI et du Ministère de l éducation nationale, au lancement du partenariat d’innovation d’aide à l’expérimentation de l’intelligence artificielle en classe . Plus récemment, Nicolas Turcat, chef du service développement des usages numériques notamment en charge des questions de la e-education et du learning au sein de la Caisse des Dépôts, a dévoilé un rapport détaillé des levées de fonds dans la filière RFEEE (RH, formation, éducation, emploi, enfance).

Nous lui avons posé trois questions sur cette étude et les conclusions qui peuvent en être tirées sur le développement de cette filière.

Pour quelle raison avoir travaillé spécifiquement sur les levées de fond startups RFEEE ?

Nicolas Turcat: Il existe à ce jour de nombreux recensements des levées de fonds de startups françaises notamment dans la presse spécialisée, mais finalement rien de spécifique au secteur du learning, dans sa dimension la plus large (apprendre, (se) former, travailler, collaborer, etc.). Nous avons saisi l’opportunité de la mise à disposition du baromètre des startups d’e-CAP PARTNER pour réaliser un petit travail de synthèse sur ce segment en le complétant avec des résultats issus de l’observatoire des Edtech. Les levées de fonds sont souvent assez symptomatiques du développement d’une filière.

levées de fonds RFEEE CDC1
Ce travail révèle une augmentation des montants et du ticket moyen : comment expliquer cette évolution soudaine constatée fin 2016 ?

Le secteur des levées de fonds RFEEE est encore en structuration : il est caractérisé, d’une part, par un nombre petit mais croissant de levées de fonds qui atteint environ 15 M€ par trimestre en 2017, et d’autre part, par le fait que plus de ¾ de ces levées de fonds se font sur des petits tickets, inférieurs à 1.9 M€. Dans ce contexte, les différents pics que l’on peut observer dans notre étude, et en particulier l’explosion fin 2016, correspondent à quelques très gros tickets.

En effet, cette fin d’année 2016 a été marquée par quelques levées de fonds à 2 chiffres, comme celle de Skillandyou (21 M€, T4 2016) ou celle de Coorpacademy  (10 M€, T4 2016), dessinant une tendance déjà amorcée au trimestre précédent par seconde levée d’Openclassrooms (6 M€, notamment auprès de la BPI). Cette hausse se confirme début 2017 avec la levée de 18M€ de Qwant (notamment auprès de la Caisse des Dépôts), puis celle de JobTeaser à hauteur de 15 M€.

Parallèlement, la filière EdTech profite en 2017 de nombreuses levées de fonds, certes de plus petites dimensions, mais très structurantes pour certains sous-secteurs comme les coding schools, avec Simplon (4,8 M€, T2 2017) ou encore des startups plus spécialisées sur certains segments de la chaîne de valeur de la formation à l’heure du numérique comme Tourism Academy (500 k€ en T3 2017, notamment auprès de la BPI). Sur le segment K12, notons la levée de Marbotic en T1 2017 (1,5 M€).

levées de fonds RFEEE CDC
Quels sont les secteurs au sein de la filière EdTech  qui profitent le plus de ce mouvement ?

D’un point de vue quantitatif, les résultats de l’étude montrent que ce mouvement a, sur les différents secteurs, une incidence négligeable en termes de nombre de levées de fonds, mais très importante en termes de montantsde levées de fonds. En effet, au sein des secteurs RH, formation, éducation, emploi, enfance, ce mouvement touche clairement plus le secteur Edtech que le secteur Jobtech, le pic du secteur Edtech fin 2016 étant 1.75 fois plus gros que celui du secteur Jobtech. Concernant la problématique de l’emploi (jobtech), il convient de souligner l’intérêt porté par les corporates et les investisseurs pour les startups déployant des solutions d’acquisition et rétention de talents.

D’un point de vue qualitatif, comme déjà pressenti dans les résultats de l’Observatoire de la Edtech, on constate une diversification des modèles économiques – initialement très centrés sur le B2B. Les plus belles levées sont souvent celles de startups développant des plateformes avec des propositions de valeur bifaces et des produits hyper qualitatifs comme par exemple : des partenariats structurants pour Openclassrooms adressant toutes sortes de clients, une proposition technologique et de services portée par des valeurs fortes pour Qwant, un positionnement spécifique et panel d’activité très large chez Simplon, un positionnement très horizontal et adressant des secteurs porteurs comme Skillandyou ou un produit ultra léché et un modèle IoT hors des normes pour Marbotic.

Globalement les startups positionnées sur la formation professionnelle et continue (FPC) réussissent mieux que les autres. En effet, au sein du secteur Edtech, ce mouvement touche clairement plus le secteur de la FPC que le secteur K12, le pic du secteur de la FPC fin 2016 étant lui aussi 1.75 fois plus gros que celui du secteur K12. Concernant spécifiquement le K12, la croissance provient surtout de sociétés portées par un modèle B2C sur des domaines de plus en plus diversifiés et nouveaux pour la Edtech. Enfin, Il convient de souligner que des startups comme Maskott, qui se sont développés notamment grâce aux différents Programmes d’Investissements d’Avenir (PIA) ont réussi et poursuivent leur croissance en diversifiant leur modèle…

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